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Lire La couleur des sentiments, c’est fashion

2012 juin 6

Je poste souvent en ce moment on dirait, ptêt parce qu’en semaine je suis forever alone abandonnée. Avec un oeil qui déconne. Et de la vaisselle pas lavée depuis 15 jours. (mais sinon ça va hein).

Ces derniers temps, on dirait que lire, c’est fasheune (fashion, ou LA blague pas drôle de cet article. J’ai droit à 3 avant de me faire taper.). Cela vient peut-être du fait que pas mal de films et séries à succès du moment sont basées sur de bons gros bouquins bien lourds, genre Game of Thrones, Avengers (ouais, ctun bouquin avec des nimages) ou Hunger games.

Eh bien moi je vais vous parler de La couleur des sentiments. Un roman fasheune, qui a bénéficié d’une pub monstre, d’un film ; un bouquin qui mérite d’être connu, lu, prêté, dévoré. J’ai rigolé, j’ai souvent fait la gueule, j’ai parfois un peu pleuré sur ce qui est sans doute cataloguable comme un livre de fille, car il parle surtout de femmes et d’un quotidien aujourd’hui révolu. Mais c’est un livre qui est résolument actuel, car il parle de combats qui ont été et restent à mener. Des combats de femmes.

Car tout commence avec Rosa Parks – la suite est connue, elle ne vaut pas la peine d’être racontée.

Notre protagoniste, Eugenia Phelan dite dans tout le roman Skeeter, est blanche. Résolument blanche et aussi résolument grande : elle fait plus d’1m80, dans une Amérique misogyne qui reconnaît aux femmes petites leur charme et aux grandes, leur compte en banque. A cette époque, le but ultime de la vie d’une femme blanche est d’être jolie, de trouver un mari qui a une situation, se marier, avoir des enfants, une vie sociale très remplie (qui tente de faire oublier les aspects négatifs de sa vie de poupée Barbie) et surtout, sourire sur les photos.
Savoir cuisiner, tenir une maison? Oh, à Jackson, Mississippi, là où vit Skeeter, pas besoin. La bonne noire fait tout le travail. Elle lave, essuie, nettoie, dépoussière. Elle cuisine. Elle fait briller l’argenterie. Elle élève les enfants, les mouche, les torche, leur apprend à parler, à se comporter en public. Et au premier faux-pas… Une bonne est aisément remplaçable.
Skeeter le sait, tout le monde le sait, c’est une donnée normale de la vie quotidienne de cette époque. Ce qu’elle ne sait pas, c’est la raison du départ précipité de la bonne noire de ses parents, alors qu’elle fait des études à l’Université. Ce qu’elle sait, par contre, c’est que Constantine, la bonne, l’a élevée comme sa propre fille depuis sa naissance et qu’elle était depuis plus de vingt ans la bonne de ses parents. Elle pensait être amie avec Constantine, qui lui avait dévoilé, à elle seule, certains de ses secrets.
Quand Skeeter revient chez ses parents, personne ne veut dire quoi que ce soit : ses parents, ses amies, les autres bonnes qu’elle rencontre, tout le monde et personne ne sait ce qui lui est arrivé.

Ce n’est que lorsque Skeeter décide de prendre sa vie en main, ne pas attendre le prince charmant que ses amies lui réservent et devenir écrivain que les rouages vont commencer à tourner. D’abord, en trouvant un petit boulot alimentaire à la rubrique courrier d’un journal local. Puis en contactant un éditeur, en l’occurence une femme, qui lui donne sa chance et lui propose d’écrire sur les sujets qui lui tiennent à coeur. Skeeter choisit finalement, après bien des hésitations, un sujet brûlant d’actualité à cette époque : la condition des bonnes noires qu’elle côtoie tous les jours, en les laissant s’exprimer leur leur vie professionnelle, le « bien » et le « moins bien », sans censure…

La trame du livre est telle qu’elle est décrite ici, mais l’écriture prend la forme d’un journal intime, comme les confessions que Skeeter cherche à rassembler. Nous suivons principalement les vies de Minny et Aibileen, deux bonnes noires au caractère extraordinaire, même si ces deux femmes ne sont qu’une fiction. Deux femmes à la vie ordinaire pour des bonnes noires de l’époque : vie rangée pour Aibileen qui a quasiment tout perdu mais qui s’accroche, à travers la petite fille blanche dont elle s’occupe. Aibileen fait connaissance avec Skeeter tôt dans le roman car sa patronne est une de ses amies.
Minny, elle, a souvent des problèmes avec ses employeurs. Impulsive, directe, sa façon de penser et de dire les choses n’est pas appréciée et elle se fait souvent virer, malgré ses talents hors pair de cuisinière. Minny n’a pas non plus la vie facile chez elle, avec ses nombreux enfants et un mari qui la bat. Aibileen, qui est son amie, essaie de l’aider, mais elle ne peut la plupart du temps rien faire. Les premiers échanges avec Skeeter sont houleux, pleins de rancoeur et de reproches.

Ce sont vraiment ces trois femmes qui sont le coeur du roman. Skeeter, le personnage principal, s’efface la plupart du temps devant Aibileen, dont le récit ouvre le roman. En effet, le premier chapitre ne parle quasiment pas de Skeeter, qui est reléguée au rang de personnage inexistant dans le paysage d’Aibileen. Minny est quant à elle complètement hors-champ par rapport à Skeeter et n’est connue d’elle que par Aibileen et la réputation de la bonne par ses amies proches, dont Hilly, femme détestée par toutes les bonnes noires de la ville. Ce n’est que progressivement que les liens vont se nouer entre elles, des liens fragiles, qui peuvent rompre à tout instant, comme la vie de personnes noires et blanches pouvaient basculer si on les soupçonnait d’être liés à la lutte pour les droits civiques. Skeeter, Aibileen et Minny ne sont pas des militantes à proprement parler. Mais tabassages, pendaisons ou exécutions sommaires de militants ou simples citoyens noirs émaillent le livre, en arrière-plan de l’histoire. Cette violence est secondaire et ne semble là que pour la rappeler à ces trois femmes qui essaient cans leur coin de faire émerger, extraite de leur violence quotidienne, une vérité sur leur condition. Pour mieux dépasser l’obstacle et continuer à avancer.

J’ai beaucoup, beaucoup aimé ce livre. Peut-être parce qu’il est bien construit, bien écrit et complexe, qu’il n’affirme pas que tout est gagné d’avance et laisse les personnages respirer, comme Aibileen qui est mon personnage préféré avec Constantine. Bon, ok, je n’arrive pas à dire qui est vraiment mon personnage préféré, en fait. Peut-être aussi parce qu’il est engagé, même féministe en n’essayant pas de trop faire la morale avec un gros panneau rouge « la ségrégation et les toilettes séparées c’est pas bien », même si l’auteur nous livre certaines pensées assez corsées des trois héroïnes.

Le fasheun, des fois, c’est bien.

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  1. AudVoo permalink
    juillet 6, 2012

    J’ai aussi adoré ce livre, même si il a déchainé certaines critiques aux Etats-Unis, à cause du rôle de Skeeter (Blanche qui délivre du Maaal…).

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