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Mouette à béton cherche maître sympa et généreux

2012 mars 13

Moebius est mort. Je l’ai appris discrètement, samedi dernier, en regardant mon fil Twitter.

Je n’y ai tout d’abord pas cru… Depuis, je suis triste.

Moebius a été lu par des millions de gens et sa mort a été triste pour des millions de gens, sûrement les mêmes, peut-être d’autres, moi y compris. Moebius a bien vécu, est parti sur le tard, il n’y a rien à regretter, peut-être… Il y a toujours quelque chose qui restera inachevé. Il aura bercé les yeux et l’esprit de plusieurs générations, par son dessin merveilleux et coloré, sa capacité à se renouveler sans cesse et nous proposer des histoires toujours originales, protéiformes et poétiques. Quel que soit le pseudonyme utilisé.

Moebius a été un vrai choc visuel et virtuel qui m’a laissé le crâne ouvert et la pensée vagabonde. Les mondes d’Edena, Altor, Le surfer d’argent, Arzach et des histoires courtes parues ici et là, dans divers magazines (je n’ai jamais accroché à la série Blueberry), ont marqué ma rétine, ma façon de voir le monde, ma façon de penser.
Pour la première fois, j’avais une BD dans les mains qui offrait à la lecture des possibilités innombrables d’explorations et d’imagination. Plus de pensée linéaire, mais d’infinies possibilités, l’histoire et le dessin SUBLIME cachant aussi bien le néant que le tout, le bien vomissant le mauvais, le beau montrant sa face hideuse. Ce souffle de liberté et d’absolu est pour moi la principale caractéristique des histoires de l’auteur et cet aspect transcende toute son oeuvre.

En bref, une grosse révolution pour moi à l’époque, dans mon petit monde étriqué de petite fille lisant de la BD pour adolescents (bon, ok, un Manara de temps en temps quand mes parents ne regardaient pas, j’avoue… Un Jeremiah aussi… *tousse*) formatée et dirigiste. J’ai commencé en lisant des chapitres des mondes d’Edena en cachette de mes parents, dispersés dans les (A Suivre) familiaux (je crois qu’ils ne se sont jamais vraiment remis de ma recherche frénétique de la suite, je n’étais pas franchement très douce à l’époque). Un pur moment de bonheur en lecture, y compris quand mon père me ramenait des Altor de la bibliothèque à la maison…

Le monde de Moebius a jeté en moi les graines d’un monde persistant et mutant, qui peut aussi bien changer de forme d’une page à l’autre que se jeter à ma figure. Une sensation grisante de découverte constante, que je n’ai retrouvée nulle part ailleurs. Et surtout, l’impression d’assister en place privilégiée à des évènements extraordinaires. J’ai conservé en moi Stel et Atana pendant des années. J’ai ensuite retrouvé la même sensation de dépaysement plus tard, dans la lecture de l’Incal. Le pied absolu.

Je n’ai pas fini de lire ses oeuvres, j’ai notamment zappé le Garage hermétique et plein de choses s’y rapportant . Je sais aussi que j’ai des lacunes dans beaucoup d’histoires, principalement dues au vrai bordel manque de rangement des A Suivre de mes parents et des trous dans la collection, plus les aléas de parution. En faisant ce constat, j’ai un peu l’impression de ne pas être légitime en publiant cet article…. Il est temps de m’y mettre sérieusement.

Merci Moebius. Merci. Mais je crois que je vais aller pleurer avec Deepo et le Cristal majeur, là.

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