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No.6

2011 novembre 7
by Tata Simone

En ce moment, je suis au chômage. Donc je m’emmerde un petit peu. Assez pour faire mon stock d’animes et les regarder à la suite, comme par exemple Godannar qui m’a l’air assez prometteur, ou No.6, dont je vais parler dans cet article, anime en 11 épisodes adapté des light novels d’Atsuko Asano, sortis chez nous sous le titre N°6, genre pour bien nous confuser la tronche. Attention, cet anime étant pour les filles aimant les hommes qui aiment les hommes, j’estime qu’il est de mon devoir de vous prévenir que vous aurez droit à des propos et des images choquantes pour les personnes les plus fragiles.

No.6 nous narre l’histoire d’un monde dévasté par l’humanité qui tente de se reconstruire sur six îlots de terre séparés les uns des autres et différenciables par un chiffre. No.6 est donc avant tout l’histoire d’une ville qui aurait la grandeur d’une nation : la ville-île no.6, l’ultime utopie enfermée par des murs en béton armé, dans un monde débarassé des affres de la guerre, un monde enfin en paix.

Pourtant, dès le début du premier épisode, nous faisons la connaissance de Nezumi, un jeune garçon aux cheveux et yeux bleu-gris qui fuit des agents armés. Il est blessé et parvient à s’enfuir de justesse de la maison de correction de No.6, ce qui contraste avec les allées fleuries et la luxueuse maison carrée où habite Shion, jeune élève surdoué promis à devenir l’élite de la ville, avec sa mère, Karan. Shion et Nezumi n’auraient jamais dû se rencontrer et pourtant, un soir pluvieux, Nezumi débarque dans la chambre de Shion, blessé et couvert de crasse. Le premier contact est un peu houleux, mais Shion parvient vite à apaiser Nezumi qui se montre très agressif et à le soigner, puis à le laisser partir. Seulement, les conséquences sont désastreuses pour Shion et sa mère… Shion est déclassé et ils doivent tous les deux quitter leur luxueux pavillon pour descendre dans les bas-quartiers de No.6. Plus question de vie dorée, Karan devient boulangère et Shion trouve un travail de surveillant d’un parc municipal.

4 ans plus tard, Shion voit partir Safu, son amie d’enfance, vers No.5 pour y poursuivre ses études. Peu après, Shion découvre dans son parc le cadavre d’un homme qui semble très âgé, alors qu’il n’a en réalité qu’une trentaine d’années. La police intérieure de No.6 apprend très vite que Shion est au courant de l’affaire et tente de l’arrêter puis de l’emmener vers la maison de correction, mais Nezumi apparaît et récupère Shion pour l’emmener de l’autre côté des murs de la ville, vers la « lost town », un endroit de l’autre côté du mur mais collé à No.6 où se sont regroupés les exclus de l’utopie. Là, Shion comprend que No.6 n’est qu’une façade et que tous ses habitants, dont sa mère, sont en danger à cause d’un parasite inconnu…

Couic couic couic

Pour les fans de séries rétro, le nom de l’anime vous aura peut-être fait tiquer. Car No.6 fait penser, par son titre, à la série Le Prisonnier, qui a pour personnage principal Numéro six, qui se retrouve un jour sur une île à priori utopique et paradisiaque mais est en réalité une prison truffée de micros, de pièges et de personnes manipulées. La référence est loin d’être anodine, car comme on s’en doute après le premier épisode, la ville No.6 de l’anime est également une prison dorée. Une prison où toute personne travaillant pour la ville doit prêter serment d’allégeance tous les matins avant de prendre son poste. De même, tous les citoyens sont obligés de porter en permanence des bracelets électroniques d’identification, qui servent également de micro aux autorités pour écouter toutes les conversations. Toute personne qui comprend que No.6 n’est guère mieux qu’une prison et ose le dire est condamnée à être enfermée dans la maison de correction, d’où personne ne revient.
No.6 demande donc à ses citoyens une soumission totale, chose dont semble être incapable Shion, qui agit selon son coeur, ce qui lui attire les pires emmerdes. Soigner Nezumi, un prisonnier échappé de la maison de correction, lui a valu un déclassement dans l’échelle sociale de la ville. Douter de No.6 en public, sur la question de l’épidémie, devant son collègue, précipite son incarcération. Son salut, incarné en Nezumi, lui impose de renoncer à ses privilèges de citoyen de la ville : il lui faut jeter son bracelet d’identification, à la fois sésame et boulet le rattachant à No.6. Car ce n’est qu’une fois libéré de No.6 que Shion peut s’épanouir complètement, utiliser son potentiel et réaliser ses rêves, impossibles à réaliser dans une ville où il exerçait des fonctions guères plus valorisantes que celles d’une femme de ménage.

Mais Shion, qui découvre avec stupeur la « lost town », où la loi du plus fort semble constituer le quotidien de ses habitants, ne semble pas renoncer à son but altruiste : sauver No.6 d’une épidémie, causée par un insecte parasite, en faisant tomber les murs de la ville. Nezumi, chez qui il vit, ne voit pas les choses sous cet angle : pour lui, Shion n’est qu’un « bébé », un idiot qui rêve encore éveillé et ne comprend pas toutes les horreurs du monde généré par No.6, qui semble être si belle mais qui cache des remugles infâmes.

En même temps, Nezumi est attiré par la fraîcheur et l’innocence (ou la stupidité, à vous de voir, mais mon énervement de départ contre Shion qui cumule les gaffes et paraît niais au possible a un peu disparu par la suite) qui émane de Shion. Ces deux êtres opposés, tant mentalement que physiquement (Shion a les cheveux qui blanchissent sous l’effet du parasite, est-ce en symbole de son innocence?) s’attirent. Pas de grosses scènes de sexe qui tache ici, nous sommes dans un divertissement pur pour jeunes filles en fleur, donc beaucoup d’ambiguité et de tension sexuelle dans un monde qui n’accorde que peu de place à un véritable amour.

D’ailleurs, il n’y a pas dans No.6 la place pour les sentiments véritables : Safu ne sait pas ce qu’est l’amour et propose une séance de sexe à Shion pour toute déclaration amoureuse avant son départ à l’étranger ; les relations entre Karan et Shion pendant leur séjour dans leur propriété luxueuse se résument à des appels par téléphone… Ce n’est que hors de No.6 ou dans des lieux « protégés » que les différents personnages (ré)apprennent les émotions humaines comme l’amour, mais aussi la haine, la peur, etc. Safu, qui est la première à avoir compris l’étendue de la supercherie en revenant à No.6 pour enterrer sa grand-mère, en subira les conséquences ultimes.

Néanmoins, nous sommes dans un anime pour filles, il faut de l’amour! Effectivement la tension sexuelle entre les deux personnages principaux est palpable pendant tous les épisodes et pour une fois sa mise en scène est assez sympa. Voir Shion ou Nezumi sursauter à la simple mention du prénom de l’autre est touchant, d’autant qu’il n’y a pas de sensiblerie attachée, sauf peut-être du côté de Shion. De même, pas d’yeux de merlan frit, pas de scènes lourdingues, cet anime reste minimaliste du point de vue de l’attachement progressif entre les deux personnages (malgré leurs caractères fondamentalement opposés) et c’est très bien comme cela.
La scène du premier baiser entre Shion et Nezumi, chez Nezumi, est une tentative de mettre un mot sur ces émotions amoureuses anciennes mais encore non identifiées chez Shion. Ce baiser d’au revoir est touchant car il n’en est pas un. C’est plutôt un essai pour transformer les non-dits en un acte (un peu désespéré, certes) résumant les sentiments de Shion, voire comme un adieu de deux amants qui ne se seront pourtant jamais touchés. J’avoue que cette scène m’a fait glousser d’un plaisir de fangirl un peu niaise, mais voyez-vous, je suis un peu niaise sur les bords :p (et je ne parle pas de la suite :3)

En bref, l’histoire de No.6 est assez intéressante et bien amenée pour un anime aussi court ; les light novels doivent contenir plus de détails croustillants sur le passé de No.6 et sur nos deux tourtereaux, je vais checker les romans sortis en France chez les éditions du Rocher, tiens (merci Gemini pour l’info, j’ai complètement zappé cette sortie). Le seul point noir au tableau serait finalement cette histoire de parasite, que je trouve complètement abusée et irréaliste. Mais j’ai assez spoilé la série comme ça o/
En fait, les nombreux non-dits de cette série et la fin ouverte de l’anime sont du pain béni pour les fangirls qui se vengeront sur les fanfics et les doujinshi, pas de doute là-dessus… D’autant que les deux héros sont physiquement stéréotypés « mangasse pour fille », genre c’est pas du tout fait exprès. Et puis on ne sait pas du tout qui est uke ou seme dès l’image d’accroche de la série, genre. Mrou :3 Perso, je suis preneuse de tout fanart/doujin sur les deux compères, même si c’est stéréotypé à mort et marqueté pour les filles niaises (les persos ont un design tellement « de base » que j’ai limite l’impression qu’on me prend pour une conne.).

J’ai au final bien aimé cet anime, qui, sans être l’anime du siècle, s’en tire honorablement pour ses 11 épisodes. L’action est bien dosée et parfois très très bien animée lors de combats plutôt réalistes, les personnages sont sympas, mais il m’a fallu un temps d’adaptation assez long (les 3-4 premiers épisodes d’exposition) pour me faire à cet anime. Pour moi, le début est tout simplement catastrophique. Il enchaîne clichés sur clichés sur à peu près tous les personnages. Vraiment, heureusement que je me suis accrochée! Nezumi <3

9 Responses leave one →
  1. novembre 7, 2011

    C’est plutôt la fin que j’ai trouvé catastrophique. Pas pour la scène finale, mais pour ce qui arrive avant, pour vite terminer l’histoire, du genre « au fait qu’est-ce qu’on vient faire là? Sauve qui peut » Il y avait sans doute plus intelligent, à moins que l’oeuvre d’origine ne laissait pas d’autre choix.

  2. novembre 8, 2011

    Autant j’aime bien le pitch de départ, autant je suis un peu dubitatif sur le développement.

  3. Tata Simone permalink
    novembre 8, 2011

    La fin ne m’a pas choquée plus que ça – on est dans de l’anime pour un public particulier quand même, il fallait que ça se finisse bien. Et que la fin-fin soit suffisamment ambigue pour titiller la fangirl, à la fois pour qu’elle en garde un bon souvenir et qu’elle achète la série + produits dérivés.

  4. novembre 8, 2011

    De quoi de quoi, les romans sont sortis en France ? O_______O Moi qui m’embêtait à lire des fantrads Dx Et bien avant l’adaptation en anime en plus. Très contente de l’apprendre 🙂

    Sinon je n’ai pas eu le même ressenti que toi, j’ai eu l’impression que les clichés étaient là du début à la fin, et comme je ne l’ai pas regardé en m’attendant à du shônen-ai, j’ai été déçue que ça en soit en fait. Alors que j’aime le genre mébon. Et puis pour reprendre une image que j’avais posté sur mon blog (http://www.purupururin.fr/wp-content/uploads/2011/10/789761.jpg), je trouve que qui est uke/me saute aux yeux rien qu’en voyant leur tête XD

  5. Tata Simone permalink
    novembre 9, 2011

    Effectivement, vu que je savais que c’était du sh-ai avant de regarder la série, j’attendais vraiment au moins UNE scène ambigue. J’en ai eu un peu plus, moi contente 😀

  6. Momix permalink
    décembre 7, 2011

    Ah, ça faisait longtemps que je n’étais pas passé par là …

    Mais là, en voyant que tu parlais de No.6, je me disais « Il faut que je sache ce qu’elle en pense ! ». Perso, déjà je suis un gars, donc, les trips boys love, c’est moyennement mon trip, mais au tout début de la série, j’ai pensé que ce n’était pas vraiment le truc central, il y a certes une ambiguité un peu génante (ou plutôt qui clashait un peu avec la testostérone, probablement), mais je me disais que le cadre de l’anime me plairait peut-être.

    Finalement, je suis peut-être tombé dans le piège. J’ai laissé tombé au bout de 3 épisodes : l’histoire n’avançait pas vraiment, le cadre post-apocalyptique et big brother pas assez bien ficelé, et des scènes souvent niaises comme tu le décris. Malgré tout, à te lire, j’ai l’impression que j’ai eu raison car la qualité objective de cet anime ne contre-balance pas la répulsion hormonale. 😀

  7. Tata Simone permalink
    décembre 7, 2011

    Effectivement, vu sous l’angle du scénario, No.6 est faiblard, voire perdu d’avance :p

  8. janvier 14, 2014

    Ca a l’air vraiment bien. Merci du conseil, ça donne envie de le voir.

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  1. N°6 | MAZ

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