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Souvenirs : Jeremiah.

2011 février 27
by Tata Simone

Il est temps pour moi d’étaler ma confi… euh, culture, donc cette fois-ci parlons de BD avec Jeremiah. Rapport avec le monde du manga? Aucun. Juste envie de parler de cette série, qui est une des séries préférées de mon adolescence (vers 11-12 piges, au collège… Avant de découvrir Lanfeust) et que je relis toujours avec plaisir, d’autant plus qu’elle est toujours en cours depuis les années 1970 et durera sans doute jusqu’à la mort de l’auteur.

Mais, Jeremiah, keskecé?

Jeremiah, c’est une BD franco-belge dessinée et scénarisée par Hermann, un auteur belge, du temps où la BD se faisait encore beaucoup en Belgique et où le pays évoquait autre chose qu’un pays sans gouvernement. Un monde que les moins de 20 ans ne peuvent peut-être pas connaître…. Un monde avec Le Journal de Tintin, dans lequel paraissaient Oumpah-pah (owi *_*), Corto Maltese, Aria et Comanche, entre autres. Comanche (chouette série, surtout le début ^^), série dessinée par Hermann, préfigure un peu ce que sera par la suite Jeremiah, avec une certaine similitude entre Red Dust et Jeremiah.

Jeremiah, c’est tout d’abord l’aventure du héros éponyme, Jeremiah, dans un monde post-apocalyptique crade et morbide, après une guerre hideuse pour des motifs identitaires et haineux entre les blancs et les noirs. Tout commence lorsque le petit Jeremiah, paysan qui n’est jamais sorti de son trou boueux, est sauvé in extremis de la mort (l’attaque du fort où vit ce qui reste de la famille de Jeremiah, y compris son oncle qu’il déteste) par Kurdy Malloy, un cavalier solitaire juché sur sa mule Esra (ouais, le coup de la mule, ça fait tout de suite moins glorieux.). Jeremiah et Kurdy, qui sont tout d’abord pas tout à fait d’accord sur la manière dont ils doivent retrouver la famille de Jeremiah, finissent par s’habituer l’un à l’autre au fil des tomes, pour devenir des compagnons d’errance complémentaires. Jeremiah le beau gosse musclé au -relatif, hem hem- grand cœur complète Kurdy, petit et sec, à la morale cynique et pas très dégrossi sur les bords, surtout en ce qui concerne les femmes.

Jeremiah fut ma première initiation aux histoires dans des mondes post-apocalyptiques réalistes et un de mes premiers gros chocs en BD, les précédents étant Valerian, Yoko Tsuno, Manara et l’univers Moebius (à peu près, hein.). Je n’ai pas compris tout de suite les subtilités de la série, mais la mise en scène assez exceptionnelle des premiers tomes m’a toujours frappée. L’aspect aléatoire de la valeur de la vie, la futilité des dogmes et des empires bâtis avec la force des idées, la fragilité de l’être humain, j’en ai pris conscience avec Jeremiah. Niveau ambiances, les décors lunaires des paysages de sable (Les yeux de fer rouge), ou au contraire les villes à la grandeur déchue(Julius et Roméa), les cages aux animaux mythiques gardés par des fous. Des personnages dingues, illuminés, méchants (Un hiver de clown, j’ai JAMAIS aimé les clowns >_<), pathétiques et à la personnalité changeante, sauf quelques-uns, les « gens bien » dont ne font pas forcément partie nos deux héros (par exemple dans Les eaux de colère… Un de mes albums préférés :3, mais quels connards quand même…).
Car être un héros, dans le monde de cette BD, ne veut pas forcément dire être là au bon moment, faire les actions les plus justes possibles et s’en sortir, comme dans les films américains, avec les honneurs alors qu’on pisse le sang et qu’on est à deux doigts de crever. Et vu que les « gens bien » dont je parlais précédemment ont la fâcheuse tendance à se faire plomber la tronche, sans grâce possible… Mieux vaut être de l’autre côté de la gâchette, le « bon » côté, telle serait la morale de cette série aux allures de western.
J’ai appris, avec cette BD, que Tintin n’existe pas, que la perfection n’existe pas et certainement pas le fatras lié aux héros beaux, invincibles et justes. L’auteur essaie, tout au long de la série, de bien nous le faire comprendre, notamment via le dessin, que j’aime vraiment beaucoup *_*. Car oui, Jeremiah, c’est aussi les bouges crades où des filles aux culs déformés par la cellulite tentent de délester nos héros de quelques dollars, à coups de sourires trop grands. Des utopies tyranniques, où le beau, prôné de toutes parts, ne peut s’affranchir de la laideur qui s’y attache. De la vieillesse, la décrépitude, la puanteur (Julius et Roméa)…

Bref, Jeremiah est une de mes toutes premières connexions avec le monde adulte, dans toute sa diversité et tout ce qu’il peut comporter de cru et de dégueulasse. C’est trop bieeeeen, kyaaaaah! *cri hystérique de fangirl en mode ado boutonneuse* Bon, d’accord, j’avoue aussi que le personnage de Jeremiah, au début ado pâle et chiant avec ses idéaux de justice et de liberté, se transforme en bogoss totalement badass et totalement super bien (à la morale de « je sauve ma peau et j’essaie de sauver celle des autres ensuite » xD), ce qui fait un peu passer la pilule, surtout avec un Kurdy qui s’affine et s’assèche de plus en plus au fur et à mesure des tomes… Comme si l’auteur avait asséché le caractère de Kurdy et l’avait aigri pour le donner à Jeremiah, tellement Kurdy devient parfois transparent dans certaines histoires… 🙁 Je sais que Kurdy a appris les choses de la vie à Jeremiah, mais quand même. Les histoires peuvent aussi paraître moins originales au fur et à mesure des tomes, c’est pour cela que je préfère celles du début, qui me semblent plus fraîches et plus originales, avec les personnages les plus divers. Je dirais qu’à partir de Julius et Roméa, la veine s’essoufle un peu. Mais la série reste à un niveau honorable tout de même, hein :’3
Chaque tome peut être lu indépendamment, Jeremiah s’inscrit en effet dans une longue tradition en bédé à la manière Tintin, où chaque tome constitue une histoire indépendante et finie, sans suites. Malgré tout, certains personnages et certaines situations font parfois référence à des évènements passés… Il est donc préférable de lire la série à la suite.

Et si vous avez tapé Jeremiah sur la page d’accueil d’un moteur de recherche quelconque et avez trouvé une série télé relative à la bd, ne vous ruez pas dessus. De toute façon, cette série tv n’existe pas, elle n’a jamais été réalisée.

One Response leave one →
  1. février 28, 2011

    Jeremiah appartient à ces séries franco-belges que je n’ai pas découvert dans mon enfance, pour diverses raisons, mais que je souhaiterais aujourd’hui lire. Merci pour tes explications ^^

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