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Sakura-gari

2011 janvier 8
by Tata Simone

Sakura-gari est un court manga BL scénarisé et dessiné par Yuu Watase, fini en 3 volumes à peine. Et, pour les gens qui me connaissent et qui savent que je n’aime pas Yuu Watase, je les rassure, ce manga est BIEN. Il diffère totalement de ses productions atuelles, et tant mieux parce que ce qu’elle fait habituellement est quand même bien niais.

Sakura-gari est un manga BL de haute volée, ce qu’a bien compris Tonkam en le faisant sortir dans une version de luxe noire (hardcover en anglais), parsemée de fleurs de cerisier dont les couleurs principales vont de pair avec des dessins de couvertures sobres représentant les principaux personnages, et pages couleur internes. Un écrin à la mesure du contenu sombre, sulfureux et vénéneux du manga. Lisez-le.

Je n’ai pas vraiment envie de faire un résumé du manga, parce que j’estime qu’écrire une critique longue, déflorant trop le sujet n’est pas nécessaire, ni souhaitable.

Sakura-gari, c’est l’histoire d’un jeune garçon de 17 ans très mignon, Tagami Masataka. Nous nous trouvons au beau milieu de l’ère Taishô, en 1920, pendant une crise économique qui laisse le Japon exangue ; le jeune Masataka qui a l’ambition de faire des études est obligé de se rendre à la capitale pour aller au lycée. Suite à un concours de circonstances malheureux, il devient le domestique d’un jeune homme issu de la noblesse, Soma Saiki, qui en plus d’être l’héritier d’une famille incroyablement riche à l’entreprise reconnue est incroyablement beau. Pourtant, Tagami se rend rapidement compte que quelque chose cloche : plusieurs meurtres ou suicides ont eu lieu dans la maison, les domestiques sont étranges, le jeune maître, fils illégitime entre le patriarche de la maison et une noble anglaise ruinée, a une attitude étrange envers lui (de l’attirance?) et il lui est impossible de s’approcher d’un bâtiment du jardin, alors qu’il y a aperçu forme humaine. Un soir pourtant, un incendie se déclare dans le bâtiment interdit, dévoilant un aspect de la maison qui va avoir un impact mortel. A partir de cet instant, l’histoire va dévier, se dévoyer vers une tragédie familiale et humaine au cours de ces trois volumes, dans une intensité dramatique qui ne laissera de répit au spectateur qu’à la page ultime (et je pèse mes mots).

J’ai rarement vu oeuvre pareille. Soma, en grand méchant, est tout simplement soufflant de beauté pure, beauté perverse et vénéneuse, arborant en toute occasion un masque qui fait penser au masque Nô immaculé utilisé au théâtre. A l’inverse, Tagami exprime toute une palette d’émotions, découlant de son caractère pur et innocent, apportant un peu de vie à la maison hiératique et vide qu’est la maison Saiki. Les autres personnages sont tous travaillés de façon ambivalente et possèdent quasiment tous -les personnages masculins princpaux, du moins- une facette sadique et perverse assez marquée. La violence de leurs rapports entre les uns et les autres, exacerbée par la beauté de Sôma, structure ce manga, que l’auteur semble vouloir rapprocher d’une tragédie grecque, tellement elle semble s’acharner à que tout s’achève de la pire façon possible. Sans doute pour que, dans cette bouillie de haine et de sentiments de tristesse et de regrets mêlés, l’amour, sentiment pur que Sôma porte à Tagami, n’en soit que plus miraculeux et que le temps puisse enfin continuer à s’égrener, rythmé par les floraisons des cerisiers.

Je dois dire que j’ai aimé, beaucoup aimé cette histoire sanglante et vénéneuse faite de mi-révélations, de mensonges plus ou moins francs, de meurtres, suicides, tortures et viols (rien que ça, et encore.) qui relègue Très cher frère au rang de pipi de chat. Ici, on s’en prend beaucoup à la figure, tout le temps et j’ai refermé chacun des trois volumes de cette mini série en ayant l’impression d’avoir été soufflée par un vent violent. Pour toute personne qui connaît et apprécie Yuu Watase dans ce qu’elle fait d’habitude : passez votre chemin, cette série n’est pas pour vous. Sakura-gari est l’exact antithèse de tout ce que représente l’auteur. Pour les gens qui n’aiment pas Yuu Watase parce qu’elle n’a pas de constance scénaristique et qu’elle abandonne ses intentions de départ après quelques tomes pour sombrer dans le guimauve facile, vous ne serez pas déçus avec ce titre, qui semble avoir été créé comme une réponse à ces critiques.

Bref, lisez Sakura-gari.

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