Une histoire banale
J’avais prévu plein d’articles. Ecrire sur les barbies 3D, ou sur Fullmoon wo sagashite que je viens de finir, sans compter Twilight dont je lis le volume 1 en ce moment (j’ai du mal mais bon).
Et puis l’actualité m’a rattrappée, qui pourra mieux que des démonstrations pompeuses et des références absconses à des sociologues pour décrire un phénomène qui me touchera aussi un jour peut-être, quelque chose que comme beaucoup de filles je crains un peu. Quelque chose que ne pourront jamais comprendre certaines personnes, qu’on ne voit pas à la télé et qu’on ne dit pas, parce que ça ne fait pas bien.
J’ai une collègue de bureau qui vient de se marier au début de l’année et qui s’est installée avec son mari dans un appartement. Elle est mignonne, gentille, a un caractère bien trempé et est assez directe (comme moi en fait). On s’est liées d’amitié après quelques longues discussions sur notre façon de voir le monde, les mecs, le mariage (je l’ai rencontrée juste après son mariage), les enfants dont elle ne veut pas, gros point commun avec moi. Du boulot aussi, sa supérieure étant pas mal tyrannique et un peu narcissique, je ne sais pas comment elle fait pour la supporter. Elle fait un régime en ce moment, qui a commencé au mois de janvier, pour espérer perdre quelques kilos en trop – elle en a déjà perdu une dizaine- et espère en perdre d’autres.
Mais voilà, la vie de ma collègue vient de basculer. Ce matin, elle a appris par son deuxième test de grossesse qu’elle est enceinte.
Elle le savait déjà hier soir, mais elle en a tout de même utilisé un deuxième pour être bien sûre. Ca avait commencé vendredi : nausées, odeurs de nourriture insupportables, vomissements, absence de règles, c’était louche.
Hier soir, elle n’a pas dormi. Elle a repensé à l’attitude de son mari quand elle lui a dit, lui qui veut absolument des enfants, devenu soudain très attentionné et très heureux qu’elle soit enceinte. Et aussi de l’attitude de ses parents à elle, souriants et la félicitant.
J’attendais un texto d’elle pour hier soir, car je lui avais demandé de me prévenir des résultats de son test de grossesse. Je n’en ai eu aucun. Ce matin, elle m’a dit qu’elle avait hésité à me l’envoyer, mais son message était déjà prêt : “test positif, c’est la merde, j’ai peur, je ne sais pas quoi faire”.
Car ma collègue, toujours si volontaire, a pleuré ce matin au bureau, les traits tirés par le manque de sommeil. Elle ne veut pas d’enfant. C’est trop tôt, elle ne se sent absolument pas prête, elle ne voulait pas que ça arrive comme ça. Pourtant, elle ne sait pas comment ça s’est passé : pas de préservatif craqué, rien qui pourrait laisser penser à un accident de parcours.
Elle avait posé comme ultimatum pour ne pas tomber enceinte de pouvoir d’abord se marier avec son copain, chose qu’ils ont faite. Au pied du mur, cependant, elle ne sait pas quoi faire, et elle a peur. Peur ce ce qu’on lui a raconté, les horreurs d’accouchement de sa famille, de la vidéo d’un accouchement qu’elle a vue au collège et qui l’a traumatisée. Des choses qu’elle sait, et qu’elle aimerait que ça ne lui arrive pas. On a toutes entendu des récits horribles dans nos familles, mais ma collègue y est maintenant directement confrontée. Et puis, peur de l’enfant lui-même, un peu quand même, qui va prendre une place qu’elle ne désire pas.
Mais elle n’avortera pas. Beaucoup de choses en dépendent : son mari, sa famille, sa belle-famille. D’ailleurs, elle a été prévenue : pas de tentative de “coup de poing dans le ventre”. Elle ne veut pas perdre son mari, parce qu’elle sait que son couple est malgré tout fragile sur cette question et qu’il acceptera difficilement sa décision si jamais elle voulait avorter. Elle me l’a dit ce matin, d’une petite voix tremblante, juste après avoir fini de pleurer. Sa belle-famille ne l’acceptera pas, apparemment ils sont très à cheval sur les “convenances”.
Elle pense ne pas le dire tout de suite à ses amis, des couples qui essaient depuis des mois, voire des années d’avoir des enfants, sans succès. Elle pense que ce n’est pas si simple, parce que ce n’est pas juste : elle, qui ne veut pas d’enfants, en attend un, alors que ses amis tentent tout leur possible et ne peuvent pas en avoir. A l’entendre, on dirait qu’il s’agit d’une punition.
Il n’y a pas de morale à cette histoire. C’est juste… une histoire banale. Rien de plus.
Si son couple est déjà fragile, elle ferait mieux d’avorter direct. Le garder pour préserver un couple qui finira par divorcer, ce alors qu’elle n’en veut pas, je ne crois pas que ce soit la meilleure solution.
Tous les couples sont fragiles Gemini. Certain plus que d’autres, mais ça veut pas dire qu’ils le sont. Okay sur la question de l’enfant ils ont des points de vue différents, mais je suppose que sur tout un tas d’autres sujets ils sont sur la même longueur d’onde. Bref, c’est beaucoup plus compliqué que ça
Sinon… C’est vraiment une impasse. Théoriquement elle a le choix de l’avortement mais étant donné les pressions familiales… Moi, j’ai du mal à concevoir le fait d’imposer son idée à quelqu’un (le mari, la famille et la belle-famille sont dans ce cas), et ça pousse la personne à faire quelque chose dont elle a pas envie. Elle doit être heureuse maintenant tiens..
Mais sinon, pourquoi ne pas prendre la pilule pour être vraiment sûr que ça ne se produise pas ? A cause du régime ?
Gemini, je n’ai pas envie de te répondre, Namcka l’a déjà fait et bien mieux que moi.
C’est pas si facile non plus Namcka. La pilule, oui… à condition que ça te convienne et que ça ne mette pas ta vie en danger! C’est son cas… Pour être un peu dans la galère de ce côté là aussi, je peux dire que c’est vraiment difficile à gérer quand ce médicament ne tient pas ses promesses. Après tout, c’est aussi un poison mortel dans certaines circonstances….
Tata >> En tout cas, là, ils n’ont pas l’air sur la même longueur d’onde, et pas particulièrement sur un point de détail…
qu’on ne voit pas à la télé et qu’on ne dit pas >> Cette peur est pourtant loin d’être exceptionnelle. Rien que sur les forums médicaux déjà, beaucoup de femmes semblent dans le même cas. J’ai aussi beaucoup de mal à comprendre la réaction des proches. Un désaccord pareil quand même… C’est le genre de choses qui ne s’améliore pas avec le temps.
Bah, sinon pas grand-chose à dire effectivement, ni de morale à en tirer ^^”
Les préservatifs et la pilule ne sont pas les seuls moyens de contraception, est-il utile de le rappeler. Pour quelque chose d’aussi important que peut l’être un enfant dans la vie (je suis aussi contre les gosses, donc l’objectivité n’est pas forcément au rendez-vous), on essaye de s’assurer d’en contrôler les conséquences, le préservatif n’est pas le meilleur des moyens, surtout avec la personne avec laquelle on est marié …
Il y a pas mal de filles qui ne peuvent avoir ni stérilet en cuivre ni contraception hormonale. C’est son cas. Le préservatif est tout de même un des moyens les plus sûrs de ne pas avoir d’enfants.
Dire à quelqu’un “tu aurais pu trouver un autre moyen de contraception” quand cette personne est déjà bien déprimée ne sert à rien sinon à l’enfoncer. Les gens qui ne peuvent pas s’empêcher de le faire sont pour moi juste des personnes qui ne peuvent pas réfléchir et se mettre à la place des autres : ils se disent généralement “je n’aurais pas fait ça moi” et c’est juste… ridicule.
Je suis désolée pour cette femme, mais qu’elle le veuille ou non, cet enfant prendra une place dans sa vie qu’elle en avorte : elle y repensera forcément, j’ai une amie qui était un peu comme elle ; si elle le garde, elle l’aimera, c’est un fait, ma mère me l’a dit “une fois que l’enfant est là, tu ne peux pas lutter, tu l’aimes, même si tu regrettes sa naissance, tu prends soin de lui”.
Tout reste à voir
Ce n’était pas un jugement mais disons que cela donne à réfléchir.
De plus, s’est-elle déjà précipitée pour avertir les gens qui l’entourent ou il n’y a pas moyen qu’elle “inverse le processus” sans que son entourage ne soit au courant ?
Neko >> Je connais plusieurs personnes – dont ma mère – dont les parents leur ont fait comprendre toute leur vie qu’ils n’étaient pas désiré, que c’étaient des “accidents”. Si elle le garde, rien ne dit qu’elle l’aimera ; ce sera peut-être plus un poids qu’autre chose.
A lire ce texte, j’ai plus l’impression qu’il s’agit d’un mariage de raison que d’amour.
A en croire ce que tu racontes, elle semble complètement perdue, au point de ne même pas pouvoir en parler avec son mari et c’est bien triste.
Malgré tout, elle a imposé le mariage, elle l’a eu.
La nature a maintenant décidé de pratiquer l’échange équivalent et d’offrir en retour un cadeau au mari (une pointe d’humour dans cet article de brutes !).
Au vu de la fragilité de ce couple, je serais presque tenté de dire que l’avortement ne serait pas une mauvaise chose (pourtant je suis contre dans la majorité des cas).
Bref, dur de donner un avis tranché. Ca reste l’histoire d’un couple qui semble avoir du mal à communiquer et à s’entendre sur un point essentiel. Rien de bien surprenant dans la société actuelle.
Enfin peut-être que la fibre maternelle viendra avec les rondeurs, tout du moins espérons-le pour le bébé.