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Je suis deux

2010 mars 21

Bon, pour une fois, je ne parlerai pas d’un mangasse mais d’une oeuvre « franco-belge », d’un genre peu commun puisqu’il s’agit d’un récit court illustré en noir et blanc. Mais ça, je m’en foutais quand j’ai acheté l’objet sous le coup d’une impulsion, tout simplement parce qu’il est beau *_*. Tellement beau d’ailleurs que j’ai eu du mal à extirper le bouquin de sa protection en carton par peur de l’abîmer. Chut hein, je sais que c’est facile mais parfois je ne suis vraiment pas très douée.

Je suis deux, dessiné par Marietta Ren et écrit par Eugény Couture, est une oeuvre que l’on peut lire de deux façons : de manière traditionnelle, en lisant le texte inscrit sur la page de gauche et en admirant les images de la page de droite, ou en zappant les textes pour ne regarder que les illustrations, tant celles-ci sont magnifiques, tout en restant très simples. Celles-ci rappellent fortement le style Art Nouveau, notamment dans le traitement des cheveux et la mise en scène. Le style graphique lorgne aussi vers le manga par l’utilisation du noir et blanc et les personnages aux grands yeux rappelant un peu le style de Clamp (j’ai dit un peu, hein) sur le manga XXXholic.

L’histoire quant à elle est très simple aussi : une femme séduisante confrontée à une gent masculine pas toujours très respectueuse se constitue une carapace qui conduit à la dissociation de son esprit, Enoïa, de son corps, Soma, qu’Elle, le tout féminin, déprécie et rejette. Un jour Enoïa est attirée par un homme différent des autres. Tandis qu’il la rassure par sa présence, Elle, le tout féminin, commence une lente réunion de ses deux parties meurtries (Soma, le corps, et Enoïa, l’esprit) et étrangères depuis si longtemps….

J’étais partie pour ne regarder que le dessin, mais l’histoire m’a touchée aussi, puisqu’elle parle de façon métaphorique d’une réalité vécue par pas mal de femmes (et je suppose aussi d’hommes, mais là n’est pas le sujet) : la dépréciation de soi-même, le rejet de son corps vécu comme sale et repoussant, ainsi qu’un durcissement de l’esprit face au monde extérieur pour former une carapace mentale. L’allusion au conte de la Belle au bois dormant avec l’évocation de l’endormissement du corps et les ronces entourant le château où est enfermée Enoïa renforce la puissance de cette évocation.
Le rejet du corps est souvent lié à l’adolescence, car cette période est l’une des plus riche en émotions et en découvertes, mais l’auteure ne donne pas de précisions sur l’âge des protagonistes, ce qui rend le récit universel car adaptable à tous les âges de la vie humaine. Le rejet prend ici fin avec le commencement d’une histoire d’amour qui renverse les barrières du corps et les défenses érigées par l’esprit féminin, pour retrouver une unicité face aux relations avec soi-même et les autres.

En bref, Je suis deux, qui peut paraître de prime abord un objet en noir et blanc joli à regarder et à exposer dans sa bibliothèque, se révèle être une fois sorti de sa gangue de carton un ouvrage qui sait émouvoir par une histoire simple et courte mais universelle, dans laquelle se reconnaîtront pas mal de femmes. Bon, je sais que ma description n’est pas exhaustive, mais tout a plutôt bien déjà été écrit par ici. Alors moi, je me tais et j’observe O_O. Et je me dis que dès que j’ai une bibliothèque à moi, ce qui ne saurait tarder, je le mets bien évidence dessus.

2 Responses leave one →
  1. Natth permalink
    avril 21, 2010

    Ca y est, je l’ai lu ! Lorsque j’en ai parlé à ma libraire, elle ne le connaissait pas. On a eu l’occasion de le feuilleter ensemble et elle l’a trouvé très beau (une autre convertie 😛 ?).
    Ce n’est pas le genre d’ouvrage que j’aurais acheté sans le connaître. Déjà les BD/mangas/autres romances me parlent très peu (sauf le BL, va savoir pourquoi XD). Mais la façon d’aborder les choses est vraiment très parlante, libre de tout opinion ou conseil, même implicite. L’ouvrage donne l’impression d’une expérience de vie qui paraît universelle. Il s’agit ici d’une femme qui se retrouve et se libère grâce à une rencontre amoureuse avec un homme. Mais les rôles auraient pu être inversés, concerner deux hommes ou deux femmes… Peut-être y aurait-il eu des différences d’approche… Et encore, je n’en suis même pas sûre. Au fond, le chemin serait resté le même : devenir un être qui s’accepte entièrement grâce à l’échange, puis la communion, puis l’amour avec un(e) autre.

    Je n’ai pas parlé des illustrations, mais elles sont aussi magnifiques. J’aime bien le style « Art Nouveau » et je dois dire que cette source d’inspiration est particulièrement bien exploitée ici. Ce doit être une des rares fois où je vois une expression de la beauté physique aussi « pure »… C’est un peu dur à expliquer, mais j’avais l’impression de regarder de la beauté pour la beauté en elle-même. On aurait dessiné n’importe quoi d’autre, mais dans le même style, l’effet aurait été le même. Désolée si je ne suis pas très claire ^^ »

    A lire et à apprécier longuement ^^

  2. Tata Simone permalink
    avril 21, 2010

    Contente que ça te plaise 😀 *danse en criant : Une convertie de pluuuuuuus!*

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