Not ready?! Sensei!
Not ready? Sensei! est un achat yaoistique indispensable. En effet, en ces temps moroses de marasme économique, Tonkam nous gâte en nous offrant un manga yaoi d’un grand auteur (Kazuma Kodaka, c’est pas rien), complet et en format économique : 12 euros pour un peu moins de 370 pages, soit le double d’un manga yaoi classique vendu dans les environs de 8 euros le tome, qui dit mieux?
Plus sérieusement, Not ready?! Sensei!, une fois passée la débauche de points d’exclamation et d’interrogation qui rend le titre assez dur à taper au clavier sans faire de faute de frappe, est une bonne surprise de la part de Tonkam. Bon, j’avoue que j’avais un peu oublié la sortie de ce titre ; ma surprise a été complète à Paris Manga, tant je ne m’attendais pas à le trouver là-bas. Le vendeur, complètement dithyrambique sur le sujet, m’a beaucoup impressionnée par son enthousiasme sur un manga yaoi pas vraiment très soft pour des gens pas habitués, mais après l’avoir lu en entier (j’avais lu les scans de façon assez décousue il y a quelques années) je rejoins complètement son avis : Not ready sensei, c’est de la balle intergalactique!
Petite explication sur l’histoire du manga : Not ready Sensei, que l’on pourrait traduire par (allez, à la louche) “ce n’est pas encore prêt, maître?”, est un manga yaoi centré… Sur les mangaka yaoi. Masculins. Je ne sais pas vraiment si ces mangaka sont nombreux au Japon (je n’en connais qu’un, et encore je n’ai jamais lu ses œuvres), mais j’applaudis l’idée de l’auteur de mettre ainsi en abîme ses personnages : faire une série yaoi sur des hommes qui dessinent des manga yaoi dans lesquels ils retranscrivent leurs aventures de personnages de manga yaoi, ça, c’est fort (oui, j’adore cette phrase.).
D’ailleurs, le titre du manga et la couverture font explicitement référence au statut du mangaka, toujours pressé par son éditeur et faisant des nuits blanches à répétition pour finir ses planches.
Mais Kazuma Kodaka aurait aussi pu s’adresser ce titre à elle-même… Not ready sensei est en effet un manga qui a traîné sur la longueur : il peut être divisé en deux parties, clairement visibles par le changement de dessin en page 227, au début d’un chapitre. Cela peut s’expliquer par différents problèmes : manga mis en pause (4 ans entre le début et la fin du manga), changement d’éditeur, le manga a mis du temps pour être achevé.
Not ready sensei conte avant tout les aventures de Hiroshi Murakami, jeune auteur de manga qui rêve de dessiner une bonne série shônen, mais qui ne fait pour l’instant que des histoires courtes dans de petits magazines. Ce n’est bien sûr pas assez pour vivre et il doit remplacer sa petite amie Rumi, assistant professionnelle chez un mangaka yaoi, pour gagner des sous. Oui, un mangaka yaoi s’appelant Tsubaki Kagura, gay qui plus est…. Gloups, le yaoi, ce n’est pas vraiment la tasse de thé d’Hiroshi (qui proclame à tout bout de champ qu’il est un mâle viril), d’autant plus qu’il va se faire à moitié violer par Tsubaki boosté aux boissons énergisantes à la caféine après 3 jours de travail quasi non-stop.
Mais le calvaire d’Hiroshi ne s’arrête pas là : suite à son travail pour Tsubaki, Hiroshi est repéré par le magazine “Boys”, un magazine yaoi! Hiroshi n’est pas vraiment en mesure de répondre négativement à une proposition d’embauche et accepte de dessiner du manga yaoi, parce qu’il faut bien vivre. En plus, il se retrouve par la suite souvent seul avec Tsubaki qui a craqué pour lui… Cerise sur le gâteau, il sera forcé de faire des recherches “sur pièces” pour ses manga, parce que les histoires et les scènes de sexe sont considérées par son éditeur comme mauvaises :3. Bref, pour son plus grand malheur (et le bonheur de nos zygomatiques), Hiroshi se retrouve souvent dans des situations assez embarrassantes avec Tsubaki.
Kazuma Kodaka dévoile avec ce manga une autre facette de son talent : elle arrive à nous faire pas mal rire, sans en faire des tonnes (les situations comiques sont assez rares dans Kizuna en comparaison). Hiroshi et Tsubaki sont souvent assez loufoques dans leurs rôles de mangaka yaoi : Hiroshi se demande souvent des trucs du genre “pourquoi moi” quand il dessine du yaoi et Tsubaki a tendance à retranscrire dans ses manga les ébats qu’il a eus avec Hiroshi, ce qui a pour effet de mettre tout leur entourage au courant… Quand il ne poursuit pas notre héros de ses assiduités parfois collantes. D’ailleurs, les scènes yaoi sont assez fréquentes, variées et bien dessinées ; l’auteur a tout prévu pour rincer l’oeil de ses lecteurs et on ressort repue de la lecture de ce manga. Kazuma Kodaka a inséré en fin de volume des lemons vraiment très sympas pour les amatrices de galipettes entre hommes, qui ne sont à rater sous aucun prétexte! (je ne vais pas vous faire de dessin, hein ^^) Hmmmmm *ç*
De plus, au lieu de se contenter d’un manga assez vague sur le métier de mangaka, l’auteur nous donne à voir un certain aspect de la profession, qui se révèle vraiment très intéressant. D’ailleurs, je me demande si Kazuma Kodaka n’a pas décrit ses propres débuts de mangaka dans cette histoire, tellement les similitudes entre le héros et la mangaka sont nombreuses : elle dessine des manga yaoi dans un style assez shonen, tout comme notre héros.
Hiroshi découvre effectivement au fur et à mesure de ses aventures le monde de l’édition du manga, qui peut paraître assez rose vu de loin, mais qui cache en fait pas mal d’inégalités et de précarité. Hiroshi est très mal payé et vivote dans quasi-tout le manga. Le seul éditeur qui lui “donne sa chance” est en fait un requin qui profite des mangaka pour exiger d’eux des dizaines de planches dans des délais pratiquement impossibles à tenir, sous prétexte de devoir gagner un salaire qui n’est pas franchement mirobolant, mais dont rêve tout auteur débutant. Les rêves, la naïveté et les aspirations d’Hiroshi se fracassent bien vite devant cette triste réalité….
En bref, un manga vivement conseillé, avec de vrais morceaux de bishos dedans, bien dessinés (c’est du Kazuma Kodaka, voyons) et une histoire qui tient bien la route, chose assez rare dans un manga yaoi pour être signalé. Enfin, ne vous méprenez pas, cela reste du yaoi tout de même :3
PS : je m’excuse des raccourcis présents dans cet article, écrit plutôt rapidement ; j’ai donc modifié un peu la teneur de celui-ci.