L'autre monde
Je pense que c’est la série la plus déprimante et triste que j’ai pu voir…

C’est une série assez peu connue en France, trop peu peut-être… L’autre monde, en anglais Now and then, Here and there et en japonais Ima, Soko ni iru boku est une série en 13 épisodes, sortie il y a quelques temps chez nous en catimini chez Déclic Images. D’ailleurs les soldes continuent chez cet éditeur, il est encore possible de l’acquérir à prix modique (environ 5 euros l’intégrale en vostf, édition simple). Je pense me l’acheter, vu que les DVD que j’ai vus appartiennent à un ami chez qui j’ai fait une razzia dernièrement, d’ailleurs merci beaucoup :3. J’ai pas mal de vieux trucs à rattraper en anime parce que je ne lis que du manga, mais à la tonne (et des bouquins, genre du Pratchett quand il en sort un ;_;). D’ailleurs Dear Myself est sorti, ça fait tout bizarre de le tenir en vrai quand je l’ai lu et relu en scans pendant tant d’années parce que j’étais sûre qu’il ne sortirait jamais en version française, bref…

L’autre monde, c’est l’histoire d’un jeune garçon, Shû, qui rentre tranquillement chez lui après avoir participé à un tournoi de kendô et avoir perdu contre son meilleur (?) ami. En passant devant une ancienne usine avec de hautes cheminées, il aperçoit une silhouette sur l’une d’elles. Ni une ni deux, il grimpe sur la cheminée voisine et commence à se taper une bavette avec la fille qui est perchée à côté, aux cheveux blonds et aux yeux bleus cernés de bleu. En fait, la fille n’est pas très bavarde et passe son temps à regarder le coucher de soleil, mais Shû arrive tout de même à deviner son prénom malgré le fait qu’elle parle à voix très basse : Lala ru.

Au bout d’un moment de discussion à sens unique, donc de monologue, se passe une chose étrange : une boule de lumière apparaît en plein ciel, d’où sortent des hommes et des machines curieuses et qui veulent embarquer Lala ru, dirigés par Abelia, une femme à la démarche militaire. Shû ne sait pas trop quoi faire, mais Lala ru lui demande de l’aider et il commence à attaquer les hommes étranges. Abelia ordonne le repli et la boule de lumière se résorbe, emportant hommes, machines, Lala-ru, hauts de cheminées sectionnées et le pauvre Shû vers une destination bizarre.
Il se retrouve dans une sorte de forteresse et essaie de s’en échapper avec Lala ru, mais ils finissent par se faire séparer et Lala ru est emmenée ailleurs, laissant à Shû un médaillon bleu en forme de goutte d’eau. Shû va tout faire pour récupérer Lala ru et s’enfuir, mais il tombe et se retrouve à l’extérieur de la forteresse. Il s’aperçoit vite qu’il ne se trouve plus dans son monde : la ville dans laquelle il se trouvait a disparu et la forteresse dans laquelle il se trouve maintenant borde un paysage désolé et à l’abandon, sans eau et sans vie…
On peut tout d’abord penser que l’histoire est franchement bateau et peu originale, ce qui est vrai pour le tout début : un héros emmené dans un autre monde dans lequel il a un rôle à jouer est un lieu commun dans la littérature fantastique.
Les choses se gâtent dès le deuxième épisode, où on a pour la première fois un aperçu du potentiel de la série, lorsque Shû rencontre Hamdo, le seigneur de la forteresse, un malade qui glace autant le sang qu’il paraît pathétique au premier abord.

Hamdo fait régner un ordre militaire dans sa forteresse et fait exécuter tous ses ordres par Abélia, dont on ne sait pas si elle n’est qu’une simple exécutante ou sa maîtresse. Il ne voit qu’elle et ne se fie qu’à elle, même si il la maltraite. Il n’a aucun autre contact avec l’extérieur et se contente d’ordonner les pillages des villages aux alentours, pour ramener toujours plus de femmes et d’enfants, pour servir ses desseins : régenter le monde, ou du moins ce qui en reste.

L’armée de Hamdo est majoritairement composée de ces enfants, certains très jeunes, qui savent à peine marcher et ont pourtant déjà un fusil dans la main. C’est l’un des aspects les plus dérangeants et répugnants de l’anime : ce sont en majorité des enfants qui font la guerre, tuent, massacrent des innocents et pillent les villages. Des enfants entrainés à tuer et qui n’hésitent pas à user de violence entre eux… Il n’ont aucun avenir, car ils sont voués à servir de chair à canon à la prochaine volonté d’Hamdo, malgré toutes les promesses dont celui-ci les berce.

Les enfants-soldats sont à l’image du monde dans lequel Shû a échoué : rocailleux, brûlant, il n’a plus aucun avenir car il n’y a plus d’eau. Lala ru est un élément essentiel pour la survie de la planète car elle a le pouvoir de manipuler l’eau, ce dont a besoin Hamdo, mais la planète n’est pas sa préoccupation : il veut de l’eau pour lui, et lui seul. son égoïsme et sa mégalomanie transparaissent de plus en plus au fur et à mesure des refus de Lala ru. Le problème, c’est qu’il n’est pas le seul à se comporter de façon égoïste envers Lala ru qui est convoitée par beaucoup de personnes différentes à cause de son don. Heureusement que Shû est là…
Cette série est cynique, cruelle et montre beaucoup de défauts de l’être humain, à travers les différents personnages et leurs attitudes égoïstes. Sans céder à la facilité godwinesque, il y a beaucoup de similitudes entre les personnages de cette série et les grandes puissances pendant la seconde guerre mondiale, à commencer par les uniformes des enfants soldats qui ressemblent beaucoup à ceux de l’armée japonaise. Ceux-ci ne remettent jamais en question les ordres, même lorsqu’il s’agit de massacrer un village d’innocents : “les ordres viennent d’en haut, on ne peut rien y faire” est une pensée réconfortante pour qui veut se décharger de sa culpabilité et de sa responsabilité en rejetant la faute sur les autres. Et permet de justifier d’un coup tous les massacres, tortures et viols. Abélia fait de même avec Hamdo : elle lui passe toutes ses lubies et ne tente jamais de le raisonner pour tenter d’arrêter sa folie. Les deux seuls personnages sans rancœurs et égoïsmes semblent être Lala ru et Shû, qui est bien le seul à apporter le minimum syndical de bon sens et d’optimisme dans un monde qui en a bien besoin.

Cette série est une série très riche et tient très bien la route tant au niveau du scénario qu’au niveau des personnages, qui sont très réalistes. Les dessins paraissent un peu bizarres au début car ils sont très enfantins pour une série sur un thème pareil, mais ce dessin met mieux en avant la folie et l’absurdité du monde décrit. Les musiques sont magnifiques. Cette série est pourtant à déconseiller aux âmes sensibles, car même si elle est beaucoup suggérée, la violence physique et morale est très présente et ne convient pas à tous les publics…